Ituri : l’aide monétaire ravive l’espoir et la stabilité à Iga Barrière et Lingo

A scene of a small DRC town.
2026, février - Centre d’Iga-Barrière (Ituri), RDC, Vue d’une artère du quartier Iga 2.
04 Mars 2026

En février 2026, trois mois après l’assistance monétaire effectuée en novembre 2025 dans les localités d’Iga Barrière et Lingo, des signes d’amélioration commencent à émerger dans le quotidien des ménages déplacés. Alors que près de 15 millions de personnes ont besoin d’assistance humanitaire en RDC en 2026, dans l’un des contextes les plus complexes au monde, ces avancées, même modestes, témoignent de l’impact des interventions ciblées.

La réponse du programme Strategic Assistance for Emergency Response in DRC (SAFER) intervient dans un paysage humanitaire fortement contraint. D’après la coordination humanitaire en RDC, en raison d’un déficit de financement, seulement 7,3 millions de personnes pourront être assistées en 2026, contre 11 millions en 2025 [selon le HNRP 2026], ce qui oblige les acteurs humanitaires à une priorisation stricte des besoins. C’est dans ce contexte de besoins criants et de ressources limitées que l’assistance monétaire réalisée dans le cadre du SAFER s’inscrit comme un soutien essentiel.

Une zone stratégique marquée par l’insécurité

Situé à environ 25 kilomètres de Bunia, Iga Barrière constitue un point stratégique pour les flux commerciaux et miniers. Pourtant, ces activités se développent sous la menace constante des groupes armés. La flambée de violences de juillet 2025 a provoqué de nouveaux déplacements et fragilisé les moyens de subsistance locaux. Malgré une accalmie relative ayant permis certains retours, la situation demeure instable.

C’est dans ces conditions que Mercy Corps a déployé une réponse combinant assistance monétaire et interventions en eau et hygiène, afin de répondre aux besoins urgents tout en renforçant la dignité et l’autonomie des familles touchées.

L’assistance monétaire, un levier immédiat pour la sécurité alimentaire

À Lingo, Love Dive Dorika, 32 ans et mère de quatre enfants, témoigne : « Avant, on mangeait très peu. Avec cette assistance, on arrive à manger un peu mieux. J’ai aussi pu acheter des habits pour mes enfants et pour moi. »

Pour beaucoup, l’aide financière a réduit la dépendance à des stratégies d’urgence, comme les travaux journaliers mal rémunérés et parfois exposés à l’insécurité. Léonard Bassa Ndjalo, 56 ans, raconte : « La grande partie de l’argent, je l’ai utilisée pour louer un terrain et semer du manioc, pour assurer la continuité des repas dans ma famille. »

En février 2026, ce champ apporte déjà quelques légumes, réduisant l’endettement et apportant une stabilité alimentaire minimale.

Au total, 7 449 ménages ont été assistés, réduisant la dépendance aux stratégies de survie risquées.

Congolese women selling cassava chips on a roadside.
Février 2026, centre d’Iga-Barrière (Ituri), RDC, des femmes déplacées vendent des cossettes de manioc au bord de la route pour renforcer leur autonomie alimentaire après avoir reçu une assistance monétaire de Mercy Corps.

Retrouver dignité, autonomie et perspectives

Pour Tchola Amos, président du site de déplacés Tuungane, l’assistance a marqué une rupture : « Avant l’aide, les besoins en nourriture, soins médicaux, articles ménagers et abris étaient très forts. Après, la situation s’est améliorée. Durant un moment, nous nous sommes sentis vraiment humains. »

Le retour au marché a aussi joué un rôle essentiel dans le sentiment d’autonomie. « Pour un moment, on achetait nous-mêmes ce dont la famille avait besoin », explique Jeanne Ndjangusi. Dans plusieurs ménages, les femmes ont participé aux décisions sur l’utilisation de l’argent, renforçant leur rôle économique.

Les effets se sont également vus à l’école Tuungane 2, où le directeur Pascal Kpadhi Ngulo note une baisse des absences et des plaintes liées aux uniformes ou aux frais scolaires. Cette reprise scolaire constitue un signe encourageant dans un contexte où les familles peinent à retrouver une stabilité durable.

L’accès à l’eau et à l’hygiène, un autre moteur de changement

En parallèle, la réhabilitation d’une adduction d’eau de 10 m³ et la construction de latrines pour des familles hôtes ont amélioré les conditions sanitaires dès début 2026. Ces infrastructures réduisent les déplacements à risque, renforcent l’hygiène, et contribuent à apaiser les tensions entre communautés hôtes et déplacées. Ces améliorations ont permis à 6 677 ménages soit 33 385 personnes, déplacées et familles hôtes, d’accéder à des services WASH essentiels.

Mercy corps employees inspect toilets under construction.
Février 2026, Iga-Barrière (Ituri), RDC. Des agents EHA (Eau, Hygiène et Assainissement) de Mercy Corps inspectent des toilettes hygiéniques en construction, destinées à améliorer l’accès à des infrastructures sanitaires sûres pour la communauté.

Poursuivre l’appui dans une crise qui se prolonge

Les résultats observés montrent que des interventions rapides et ciblées peuvent avoir un impact, même dans un contexte de besoins immenses et de financement en baisse. Alors que l’insécurité continue de provoquer de nouveaux déplacements, les leaders communautaires appellent à intensifier l’action, en particulier dans les domaines de l’eau, de l’hygiène et des moyens de subsistance.

Grâce au soutien de la Direction générale de la protection civile et des opérations d’aide humanitaire européennes, du ministère britannique des Affaires étrangères, du Commonwealth et du Développement, et de la Direction du développement et de la coopération suisse, le projet SAFER illustre qu’une assistance financière associée à des actions d’eau et d’hygiène peut restaurer un minimum de stabilité dans la vie des familles.

En résumé, en début 2026, à Iga Barrière et Lingo, les effets de l’aide se lisent dans un cahier d’écolier rempli, un étal de légumes rouvert, ou un accès facilité à l’eau potable. Dans un contexte où la réponse humanitaire nationale doit faire face à un appel urgent de 1,4 milliard de dollars américains pour couvrir les besoins vitaux en 2026, ces interventions montrent que chaque appui, même ciblé, peut transformer une trajectoire de crise en perspective d’espoir.